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Les Ouvreurs et le Cinéma fantastique « queer »

Les Ouvreurs ont toujours laissé une grande place dans leur programmation au cinéma de genre(s) et plus particulièrement aux films fantastiques. Longtemps considéré comme un sous-genre sans intérêt cinématographique par la critique institutionnelle, le cinéma fantastique, reclus dans des salles underground et destiné à des publics interlopes, a pu plus librement aborder dans ses thématiques « les marges ». Il a longtemps partagé ce statut de disgracié avec le cinéma gay et lesbien, les deux univers trouvant   régulièrement des points de croisement.

Nous tentons de vous faire découvrir chaque fois que cela est possible les fleurons du cinéma LGBT qui abordent la veine fantastique (et vice-versa). C’est donc tout naturellement que nous avons répondu présents lorsque le Cinéma Le Mercury, avec lequel nous travaillons souvent, a décidé de proposer une semaine de films fantastiques et d’horreur pour fêter Halloween, du jeudi 28 octobre au mardi 3 novembre 2009.

Les Nuits fantastiques du Mercury vont permettre de vous faire découvrir, outre une sélection de films inédits à Nice, une perle queer du cinéma britannique seventies, proposée par nos soins : Docteur Jekyll et Sister Hyde, programmé lors d’une soirée double-programme spéciale « Hammer » offrant aussi le classique Le Cauchemard de Dracula, accompagnée d’un débat avec Cinéma Sans Frontière. (Retrouvez le programme complet de la manifestation dans l’article précédent). L’occasion pour les Ouvreurs de faire un petit retour sur les propositions fantastiques de leurs manifestations passées.

Années 70 –Docteur Jekyll & Sister Hyde, le crépuscule de la Hammer
Au début des années 70, la Hammer Films, mythique firme britannique spécialisée dans le cinéma d’horreur et de science-fiction, traverse une période de crise. Dix ans plus tôt, elle a connu son âge d’or grâce à ses mythiques relectures des Dracula, Frankenstein et autre Loup-Garou, qui avaient fait les beaux jours de la Universal. La « Hammer touch » choisie pour se démarquer de la voie de la radicalité, autour d’artistes tels que le réalisateur Terence Ficher, les acteurs Christopher Lee et Peter Cushing. Elle renouvelle l’esthétique horrifique en proposant une représentation très crue, teintée d’érotisme explicite, et utilise la couleur (le rouge en particulier) comme élément dramatique majeur dans la narration.
Docteur Jekyll et Sister Hyde (1971), de Roy Ward Baker et Brian Clemens, reste l’une des dernières grandes réussites de la firme, au moment où son aura créatif décline. Le choix de la dimension transgenre de cette nouvelle adaptation du roman de Stevenson, Jekyll devenant une femme fatale, en font une œuvre majeure de la tendance « queer » très présente dans le cinéma des seventies.

« Plus qu’une curiosité et loin du canular ou du pastiche, ce Docteur Jekyll and Sister Hyde, œuvre un peu méconnue, s’avère une exploration ou une déviation passionnante de la matrice stevensonienne. Et justement parce que l’idée de base revient ici à transformer une histoire déjà célèbre pour son sujet transformiste. Double opération dont le film porte la trace puisque, pour la première fois sans doute dans l’histoire du cinéma, celui qui joue Jekyll ne peut aussi jouer Hyde. Et la ressemblance physique des deux acteurs, ce je-ne-sais-quoi qui les rapproche, ne fait que souligner cette impossibilité douloureuse, le rêve des noces de deux sexes en un, cet inaccessible horizon hermaphrodite de l’espèce. Frontière encore plus troublante, encore plus troublée, quand on sait par ailleurs que l’acteur Ralph Bates avait proposé au studio de la Hammer (…) d’interpréter les deux rôles. Vu ainsi, le film de Roy Ward Baker apparaît pour ce qu’il est : un drame transsexuel et ce docteur Jekyll, un moderne Tirésias.» (Bernard Benoliel)

Années 80 – Les Prédateurs, l’horreur «new wave»
Les Prédateurs (The Hunger, 1983) de Tony Scott, est le modèle quasi unique du film gothique version années 80, un sommet d’esthétisme sophistiqué et envoûtant, qui dépoussière par sa forme expérimentale, aux prémices du montage clipesque, le thème classique du « vampirisme ». Ici la dimension homoérotique est totalement assumée au travers de la sublime et douloureuse relation saphique entre Catherine Deneuve (magnifique dans ses tenues Yves Saint-Laurent, y acquiert définitivement son statut d’icône gay) et Susan Sarandon. Le film  ouvre la voie au futur Entretien avec un vampire (1994) de Neil Jordan, adaptation du célèbre roman d’Anna Rice.

Années 70 – Rocky Horror Picture Show, l’horreur glam rock
Le film culte et très queer de Jim Sheridan et Richard O’Brian, adaptation d’un Musical de Broadway monté deux ans plus tôt (1973), est devenu l’un des fleurons des midnight movies qui ont fait les beaux jours des salles de cinéma underground des grandes capitales occidentales, New York, Londres ou Paris. L’ambiguïté sexuelle qui se dégage de ce pastiche des classiques de SF et d’horreur fifties (le personnage principal, Frank’N’Furter, étant un travesti venant de la planète « transexuelle ») et son esprit « glam rock » en font une œuvre unique et exaltante.

Années 30 – Les « Universal Monsters » de James Whale
L’année 1931 sera pour le studio hollywoodien « Universal Pictures » l’occasion de produire successivement trois adaptations cinématographiques de grands classiques de la littérature gothique anglaise qui vont façonner pour longtemps l’évolution du cinéma d’horreur alors naissant : Dracula de Tod Browning d’après le roman de Bram Stoker, Docteur Jekyll et Mr. Hyde de Rouben Mamoulian, d’après le roman de Robert Louis Stevenson et Frankenstein du réalisateur homosexuel James Whale, d’après le roman de Mary Shelley.
Leur succès permettra à de nombreux autres films de monstres, les « Universal Monsters », de voir le jour jusqu’au début des années 1950. James Whale tournera encore L’homme invisible (1933) et La Fiancée de Frankenstein (1935) dans lesquels il poursuit sa réflexion autour de thèmes qui lui sont chers : la normalité, le droit à la différence et les réponses de rejet de la collectivité.

Les Nuits fantastiques du Mercury

Le Cinéma Le Mercury propose avec ses premières Nuits fantastiques une semaine de films (fantastique, horreur, suspense) tous inédits à Nice, pour fêter Halloween, du jeudi 28 octobre au mardi 3 novembre 2009.

PROGRAMME COMPLET

LES FILMS

28/10 à 22h00 > JAR CITY (Island, 2007, 1h34)
Réalisé par Baltasar Kormakur, avec Ingvar Eggert Sigurðsson, Ágústa Eva Erlendsdóttir, Björn Hlynur Haraldsson

Inspecteur à Reykjavik, Erlendur enquête sur le meurtre d’un vieil homme apparemment sans histoire. La photo de la tombe d’une petite fille retrouvée chez la victime réveille pourtant une affaire vieille de quarante ans. Et conduit Erlendur tout droit à Jar City, surprenante collection de bocaux renfermant des organes, véritable fichier génétique de la population islandaise…
« Jar City (…) risque fort de vous faire frissonner, quelque chose nous donne à penser que c’est bien là l’idée, thriller glacé glaçant découpé au scalpel dans un bloc de roche volcanique et arrosé généreusement de brennivin (…) » (Pascal Mérigeau, Le Nouvel Observateur)

29/10 à 22h00 > VERTIGE (France, 2009, 1h24)
Réalisé par Abel Ferry, avec Fanny Valette, Johan Libéreau, Raphaël Lenglet
Interdit aux moins de 12 ans

Poussé par un désir d’aventure et l’envie de se retrouver, un groupe d’amis se lance sur une via ferrata, une voie d’escalade en haute montagne. Pour Chloé, Guillaume, Fred, Karine et Loïc, le vertige des sommets et celui de sentiments enfouis va vite compliquer le voyage, d’autant qu’ils découvrent avec horreur qu’ils ne sont pas seuls… L’expédition va rapidement virer au cauchemar.
« (…) Excellente surprise française (…) qui prouve qu’il ne faut pas désespérer de voir le cinéma de genre éclore pour de bon dans notre contrée parfois si frileuse ou si maladroite. Une sorte de délivrance ! » (Yann Lebecque, L’Ecran Fantastique)

30/10 > SOIREE DOUBLE PROGRAMME SPECIALE «HAMMER» : 2 films + un débat Cinéma Sans Frontière avec Eric Escoffier (exposition d’affiche Monster Mania, cf. ci-dessous)

20h00 > LE CAUCHEMARD DE DRACULA (Grande-Bretagne, 1959, 1h22)
Réalisé par Terence Fisher, avec Christopher Lee, Peter Cushing, Michael Gough

Engagé comme bibliothécaire, Jonathan Harker se rend dans les Carpathes chez le comte Dracula. Mordu par une femme-vampire que Dracula détient dans son château, il devient vampire à son tour. Son ami le Dr. Van Helsing décide de partir à sa recherche
« Ce cocktail révolutionnaire et explosif ( action+ érotisme) qui permit à toute une génération, celle de l’après-guerre, de découvrir les charmes vénéneux du cinéma d’épouvante. » (Gilles Esposito, Mad Movies)

COUP DE CŒUR LES OUVREURS
22h00 > DOCTEUR JEKYLL & SISTER HYDE (Grande-Bretagne, 1971, 1h37)
Réalisé par Roy Ward Baker, avec Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim

Londres, fin du XIXe siècle. Dans son laboratoire-appartement, le docteur Jekyll poursuit une chimère: trouver l’élixir de la vie éternelle. Il croit y parvenir en ingérant une mixture à base d’hormones femelles. (Plus d’informations dans l’article suivant).
« Tout le film tient dans sa première image, le gros plan d’un œil de lapin mort. De ce regard naît un film dont l’argument loufoque se transforme vite en une méditation sur le genre du corps humain. Docteur Jekyll et Sister Hyde est, à tous les sens, un film de genre, travaillant la sexualité selon l’optique du trouble et du flottement, ce qui en fait l’un des premiers films « queer ». Roy Ward Baker varie les figures spéculaires, brouillant les identités selon tous les moyens possibles » (F.G, Festival International du Film d’Amiens)
BANDE ANNONCE EN VO ICI

31/10 à 22h00 > AVANT-PREMIERE 06 : THE CHILDREN (Grande-Bretagne, 2009, 1h25)
Réalisé par Tom Shankland, avec Eva Birthistle, Raffiella Brooks, Stephen Campbell Moore.
Interdit aux moins de 12 ans

Deux familles se réunissent dans une maison à la campagne pour célébrer les fêtes de Noël. Un havre de repos pour les parents, un parfait terrain de jeu pour les enfants. Très vite pourtant, ce moment privilégié prend une tournure qu’aucun des adultes n’aurait pu envisager :leurs propres enfants, sous l’effet d’un mal mystérieux, se retournent contre eux avec une cruauté et une ingéniosité implacables.
« Un film concis et nerveux : on lui donnerait le bon Dieu sans confession » (Gilles Esposito, Mad Movies)

01/11 à 21h30 > MUTANTS (France, 2009, 1h25)
Réalisé par David Morley, avec Hélène de Fougerolles, Francis Renaud, Dida Diafat
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Dans un monde où un terrible virus a contaminé la population, un couple en fuite tente de trouver une zone où se réfugier. Pris au piège par des créatures sanguinaires, Marco et Sonia vont devoir lutter pour leur survie…
« (…) Photographie somptueuse (…) Une bande son efficace (…) effets spéciaux de maquillage extraordinaires (…) le spectacle est donc de haute tenue et David Morley est de toute évidence un réalisateur à suivre de très très près. » (Gilles Penso, L’Ecran Fantastique)

02/11 à 21h30 > 20th CENTURY BOYS (Japon, 2008, 2h20)
Réalisé par Yukihiko Tsutsumi, avec Toshiaki Karasawa, Etsushi Toyokawa, Takako Tokiwa

1969 : Kenji et sa bande de copains passent leurs vacances d’été à rêver de l’exposition universelle d’Osaka et à s’inventer un scénario catastrophe de fin du monde depuis une base secrète improvisée dans un terrain vague. A cette époque, Kenji voulait devenir une rock star et sauver l’humanité.
1997 : Kenji aide sa mère dans la supérette de quartier tout en jouant la baby-sitter pour sa nièce Kanna. Ses rêves de gamin resurgissent lorsque la police le questionne sur une mystérieuse organisation dont le symbole serait identique à celui inventé dans le « cahier des prédictions » de sa bande lorsqu’il était enfant. Le compte à rebours commence, la fin du monde est proche.
« 20th Century Boys a le mérite de ne pas prendre les spectateurs pour des truffes. Le parti pris de la mise en scène, à la fois simple et inspiré, sert les acteurs et leurs personnages. Pas ou peu de cabotinage. » (Cédric Janet, Brazil)

03/11 à 22h00 > 20th CENTURY BOYS –2 : LE DERNIER ESPOIR (Japon, 2009, 2h22)
Réalisé par Yukihiko Tsutsumi, avec Etsushi Toyokawa, Takako Tokiwa, Airi Taira

2015. Quinze ans se sont écoulés depuis le Nouvel An Sanglant qu’Ami a fait subir au monde en suivant le cahier des prédictions de la Bande à Kenji. L’histoire officielle raconte que Kenji et sa bande sont les terroristes à l’origine de cette apocalypse, tandis qu’Ami est vénéré dans le monde
entier comme un sauveur. Il prédit la fin de l’humanité et annonce que ne seront sauvés que ceux qui croient en lui. Depuis la disparition de son oncle Kenji, Kanna mène une vie d’adolescente rebelle sous la tutelle de Yukiji qui peine à honorer sa promesse de veiller sur elle. Après des années de recherches, l’un des membres de la bande découvre l’existence d’un  » Nouveau Cahier des Prédictions « , qui décrit entre autres cet événement :  » En 2015, dans une église de Shinjuku, un sauveur se dressera pour défendre la justice et sera abattu par un assassin.  » Qui est ce sauveur ? A nouveau, le jugement dernier s’approche…
« Les fans du manga s’y retrouveront, les autres iront une fois encore de surprise en surprise avec cet épisode entre-deux qui donne furieusement envie de voir la suite. » (Elodie Leroy, Filmsactu)

Cinéffable 2009, 21ème estival du film lesbien de Paris

by benoit
Le 21e festival international lesbien et féministe de Paris Quand les lesbiennes se font du cinéma se tiendra du 29 octobre au 2 novembre 2009.
Cette année encore, la sélection est riche de quelques 70 films qui offrent à nos regards curieux un espace de réflexion sur les lesbiennes d’hier et d’aujourd’hui, mais aussi sur des pratiques et des modes de vie éloignés ou ignorés des nôtres. L’Afrique est ainsi à l’honneur avec 3 films bouleversants, mais aussi d’autres longs, d’autres courts métrages qui, des Etats Unis à l’Allemagne en passant par les Bahamas dressent l’inventaire d’un monde riche et créatif : le nôtre ! Le large éventail géographique et culturel de l’univers lesbien et féministe nous sera ainsi dévoilé, les difficultés d’être exposées et le plaisir (re) montré.
+ d’infos sur le site de Cinéffable 

Séances « Jeune public », la pédagogie par l’image

Depuis deux ans, Les Ouvreurs proposent un volet pédagogique à leur action de sensibilisation des publics par le cinéma, encouragés par les récentes directives du Ministère de l’Education Nationale et la multiplication des interventions en milieu scolaire sur les thématiques de santé et d’éducation à la sexualité. Les Séances « Jeune public » s’adressent aux collégiens et lycéens de l’Académie de Nice (classes de 3ème à BTS).

Elles ont pour objectifs de :

  1. Proposer durant le temps scolaire, des projections de films adaptés suivies de débats avec des intervenants spécialisés (universitaire, documentariste, psychothérapeute, acteur de la prévention santé)
  2. Créer un espace de visibilité, « donner à voir et penser » et ainsi faciliter l’ouverture d’esprit par le biais du cinéma et des artistes qui le font vivre
  3. Offrir aux enseignants de nouveaux outils de réflexion sur les questions d’homosexualité et de genre, d’éveil adolescent à la sexualité, d’acceptation de soi, de lutte contre les discriminations.

Deux types de séances sont proposés :

Les Séances IN en classe avec la projection de deux courts métrages ponctuée de débats avec les intervenants pour développer les dimensions artistiques et sociales des films proposés (durée : 2h).

Les Séances OUT en salle, au Cinéma Le Mercury (Place Garibaldi – Nice) avec la diffusion d’un long métrage suivie d’un débat avec les intervenants (durée : 3h).

Le dispositif comprend aussi des réunions préparatoires en amont des séances entre les organisateurs, les enseignants et les intervenants, un dossier pédagogique abordant les questions artistiques et sociales pour permettre aux enseignants de préparer et d’approfondir les thématiques abordées et un questionnaire pour évaluer la pertinence et les résultats de l’intervention auprès des élèves.

C’est dans ce cadre que Les Ouvreurs diffusent les cinq courts métrages « Jeune et homo sous le regard des autres« , produits par le Ministère de la Santé et l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education à la Santé), en partenariat avec Canal + et les Cinéma Utopia, pour mieux lutter contre l’Homophobie.