In&Out aux Premio Sebastiane du Festival international du Film de San Sébastien

by benoit
In&Out aux Premio Sebastiane du Festival international du Film de San Sébastien
C’est avec grand plaisir et honneur que Benoît Arnulf, Directeur artistique et programmateur des Rencontres In&Out, a accepté de présidé le jury des Premio Sebastiane, le prix LGBT du Festival international de film de San Sébastien (dont nous vous avions consacré une thématique lors d’In&Out 2015). L’occasion pour les Ouvreurs de représenter leur travail (ainsi que la vitalité de la vie associative LGBT Azuréen) dans le cadre d’une des plus importante manifestations cinématographiques européennes. C’est d’ailleurs une tradition puisque que Les Ouvreurs étaient déjà présent dans les jury de la Queer Palm (Festival de Cannes 2010) des Teddy Award (Festival de Berlin 2012) des Premio Maguey (Festival de Guadalajara 2013) et d’Image+Nation (Festival LGBT de Montréal en 2014).
L’équipe des Premio Sebastiane propose sur leur site une interview en espagnol dont nous vous proposons ici une traduction : 

On voudrait vous présenter Benoît Arnulf, directeur artistique du Festival In&Out de Nice et Cannes. Il va présider notre jury cette année. Ça nous donne la possibilité de connaître quelqu’un qui cherche à promouvoir le cinéma par son activisme militant mais aussi de découvrir le travail qui se cache derrière un festival LGTBI.
Derrière vos Rencontres cinématographiques il y a aussi une association, comme dans les cas du Prix Sebastiane. Parlez-nous des «Ouvreurs».
Les Ouvreurs est une association niçoise créée en 2009 pour défendre le cinéma queer et ouvrir les esprits sur la question de la diversité sexuelle. Nous sommes une trentaine de membres bénévoles, des passionnés de cinéma ainsi que des militants des droits LGBT. Notre première activité est l’organisation des Rencontres In&Out, le festival du film Gay et Lesbien de Nice. Mais nous intervenons également pour prévenir l’homophobie dans les établissements scolaires (collèges et lycées) grâce à un projet innovant qui se sert du cinéma comme support pédagogique. Plus de 5700 élèves ont déjà été sensibilisés depuis le début de cette action que nous menons avec notre partenaire historique SIS Association (ex-Sida Info Service). Et bien sûr, nous organisons aussi toute l’année des manifestations plus ponctuelles, notamment à l’occasion du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le SIDA.
Pour faire votre programme, vous ne cherchez que des bons films à proposer ou vous avez d’autres objectifs ?
In&Out, le festival du film Gay et Lesbien de Nice, s’adresse à tous les amoureux du cinéma. C’est avant tout une manifestation qui défend le cinéma et se destine au plus grand nombre, au-delà des idées reçues. Pour chaque édition, nous tentons de présenter une programmation toute à la fois inédite, ambitieuse et engagée, offrant des regards singuliers et des questionnements qui ouvrent l’esprit. Notre public peut découvrir le meilleur du cinéma LGBT actuel, sélectionné dans les plus grands festivals européens et rencontrer de prestigieux invités. La qualité est donc le premier des critères de sélection, surtout depuis que nous avons mis en place une compétition et un palmarès, décerné par un jury professionnel. Mais bien sûr, nous souhaitons programmer aussi des films qui parlent de notre communauté, de son histoire et de ses grandes heures. Divertir (avec de la qualité), faire découvrir et transmettre, voilà nos missions de programmateurs.

On a pu voir, lors des précédents In&Out beaucoup de films latinos, candidats aux prix Sebastiane et même des gagnants de celui-ci. Quel regard portez-vous sur le cinéma LGTBI des Amériques ?
J’aime voir les «AMERIQUES» dans leur globalité, même si le Nord et le Sud sont si différents. Il y a une vitalité, une énergie propre à ce jeune continent, au regard de notre vieille Europe. C’est un cinéma très divers et très important, tant en quantité qu’en qualité. L’un de nos focus cette année était consacré au Canada avec des auteurs aussi importants que John Greyson et Patricia Rozema mais aussi la (très) jeune génération des cinéastes de Montréal, que m’a fait découvrir le festival IMAGE+NATION. Côté latino, mon passage à Guadalajara m’a ouvert quelques perspectives sur les petites perles que le Brésil et même le Mexique avaient à nous offrir. HOJE EU QUERO VOLTAR SOZINHO de  Daniel Ribero ou YO SOY LA FELICIDAD DE ESTE MUNDO de Julian Hernandez en sont de bons exemples, mais je sais qu’il existe une incroyable production de courts métrages dans ces pays qui n’arrivent que très rarement jusqu’à nous. Je travaille actuellement à un focus autour du Brésil pour la prochaine édition d’In&Out.
Les Festivals LGTBI sont-ils encore nécessaires dans l’Union Européenne ?
Bien entendu, ce n’est pas moi qui vais dire le contraire. Ce sont les seuls endroits où un certain cinéma queer peut encore et doit continuer à exister. Le tout est de savoir comment les rendre aussi attractifs pour le public, qui peut voir par ailleurs des films traitant de diversité sexuelle. C’est un peu la même réflexion que pour les Gay Pride d’ailleurs, certains leur reprochant de s’être trop éloignées de leur origine militante. Les marches des fiertés et les festivals de cinéma queer sont des lieux primordiaux pour la constitution d’une culture et d’une identité LGBT. 
Quel regard tu as du cinéma LGTBI en langue française de nos jours ?
Il reste plutôt actif ces dernières années et de nombreux cinéastes continuent à travailler. Le cinéma queer français se porte plutôt bien, avec de nombreux réalisateurs en activité. Il y a les valeurs sûres comme Sébastien Lifshitz (ces derniers documentaires LES INVISIBLES et BAMBI sont de pures merveilles), François Ozon, Céline Sciamma (son écriture et sa mise en scène sont tellement lumineuses dans NAISSANCE DES PIEUVRES, TOMBOY, BANDE DE FILLES) ou Vincent Dieutre (notamment JAURES). Mais nous avons aussi des comètes dont on espère avoir rapidement des nouvelles : Yann Gonzalez (LES RENCONTRES D’APRES MINUIT), Robin Campillo (EASTERN BOY) ou encore Mario Fanfani (LES NUITS D’ETE). Ces cinéastes font pas mal parler d’eux dans les festivals et remportent des prix notamment à Berlin et à Venise. Je parle de «comète» parce qu’il est vrai aussi que de nombreux noms ont disparu, à notre grand regret. Je pense entre autre à Jacques Nolot (LA CHATTE A DEUX TETE, AVANT QUE J’OUBLIE), les couples Olivier Ducastel et Jacques Martineau (DROLE DE FELIX, L’ARBRE ET LA FORET…), ou Pierre Trividic et Patrick Bernard (DANCING, L’AUTRE). Mais il ne faut jamais désespérer, Rémi Lange (OMELETTE, LES YEUX BROUILLES), Philippe Vallois (JOHAN, NOUS ETIONS UN SEUL HOMME) ou Paul Vecchiali (ONCE MORE) ont repris cette année leur caméra pour notre plus grand plaisir. Alors rien n’est jamais perdu. 

Parlons cinéma. Comment peut-on créer de nouveaux publics pour nos salles ou retrouver celui qu’on a perdu? Comment fait-on pour transmetre le plaisir du cinéma aux nouvelles générations, aux vieux…?
Je me pose sans cesse cette question dans mon travail de Directeur artistique. Même si les chiffres de fréquentation de notre festival ne cessent d’augmenter depuis 7 ans (5300 personnes en 2015) je constate effectivement une forme de lassitude du public vis à vis du cinéma LGBT. Nous n’avons pas de solution miracle hélas mais nous essayons de développer le plus de pistes possible pour répondre au mieux aux nouvelles demandes. Bien entendu la priorité est donné à la rencontre avec les artistes et nous recevons chaque année une quinzaine d’invités qui viennent directement présenter leur travail au public. La convivialité, avec des moments d’échanges après les séances autour d’un verre, et le travail de partenariat avec d’autres structures (associations locales, festivals…) permettant de croiser les publics, sont aussi des atouts majeurs de cette démarche. Mais il faut avant tout une bonne programmation, sans quoi les gens désertent la salle pour leur home cinéma…
Parle-nous de toi, du cinéma que tu aimes et celui que tu veux partager…

Un cinéaste : 
Sans hésiter je place John Cameron Mitchell en tête de liste, tant HEDWIG AND THE ANGRY INCH et SHORT BUS comptent parmi mes meilleurs souvenirs de cinéphiles. J’ai eu la chance de le rencontrer (et de l’entendre chanter en direct, expérience inoubliable) lors de mon passage à Berlin en tant que membre du jury des Teddy Award il y a quelques années. Bien sur, je dois parler aussi de Pier Paolo Pasolini et Luchino Visconti, mais ils sont tous les deux hors compétition… des génies.
Un film :
Difficile comme question, trop de films me viennent en tête. Certains films m’ont aidé à comprendre qui j’étais, en tant que gay, à une époque (il y a plus de 25 ans…), où le cinéma queer était beaucoup moins disponible. Je pense à deux classiques qui passaient au Cinéma de Minuit (émission de cinéphile mythique en France) MAURICE de James IVORY (la première fois où je voyais deux hommes nus dans un même lit…) et CERTAINS L’AIMENT CHAUD de Billy Wilder (pour sa grande liberté de ton et sa manière unique d’aborder avec humour la question du genre) mais c’est surtout BEAUTIFUL THINKG de Hettie MacDonald qui m’a le plus bouleversé (j’aurais tout donné pour embrasser Glen Berry…). Sinon mes films straight (quoi que…) préférés sont STAR WAR, A NEW HOPE de Georges Lucas et DIE HARD de John MacTiernan. Je me rend compte que dans les deux cas, j’étais amoureux des acteurs principaux, Mark Hamill (oui oui je le préférais à Harrison Ford) et Bruce Willis. Comme quoi la cinéphilie est une affaire de coeur. 
Un acteur ou une actrice
Je veux bien épouser Julianne Moore si c’est possible. Plus sérieusement j’adore les acteurs et actrices mais je leur préfère toujours les cinéastes. Je n’ai pas de noms qui me viennent en tête particulièrement en fait. Ah si, Heath Ledger… sous son chapeau de cow-boy, comme tout le monde je pense.