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Rencontre avec Paul Vecchiali à Cannes

by benoit
Rencontre avec Paul Vecchiali à Cannes

Invité d’honneur d’In&Out en 2016, Paul Vecchiali revient à Cannes à l’occasion d’une soirée spéciale autour de la projection d’un de ses derniers films, Jeudi 28 février à 19h30 au Cinéma Les Arcades (tarifs habituels). Au programme :

FAUX ACCORDS 
de Paul Vecchiali (France, 2013, 1h10)
Après le décès de son compagnon, un homme découvre sur Internet que ce dernier avait des relations virtuelles avec un autre. Il imprime tous les messages et, ayant brûlé tout ce qui appartenait à son compagnon, il se prend à imaginer le correspondant sous deux aspects différents suivant le contenu des messages. In fine, il déverse les cendres de son compagnon sur sa poitrine nue.
précédé de LA CÉRÉMONIE (Paul Vecchiali, France, 2014, 22 min)
Ce court métrage met en scène deux « hypothèses » de solitude, histoire répétée dont le personnage principal est interprété une première fois par un garçon (Pascal Cervo), la seconde fois par une fille (Astrid Adverbe).

LA CRITIQUE DU FILM FAUX ACCORDS
Quoi de plus délicat que de représenter l’absence. Avec FAUX ACCORDS, tourné en 2013 juste avant NUIT BLANCHE SUR LA JETÉE, Paul Vecchiali s’attache a travailler ce thème en dressant le portrait d’un homme seul confronté au deuil et à la disparition de l’être aimé.
Mais le manque se double rapidement de la découverte d’une vérité, exhumée par l’exploration de l’ordinateur du défunt, qui fait basculer le récit dans une autre réalité. L’être aimé entretenait une aventure, une relation à distance, comme peuvent l’être, de plus en plus souvent, les échanges modernes aux travers des réseaux sociaux. Vecchiali prévient dès les premières images qu’il s’agit là de son sujet. Il dédie le film à tous ceux qui usent, à leur risque et péril, des sites de rencontres, « les solitaires, les endeuillés, les mal mariés ».
Pour rendre compte de cette double absence, celle d’un corps qui n’existe plus, celle d’une relation désincarnée, le cinéaste installe ses personnages entre réalisme trivial et projection mentale, explorant sans détour les recoins les plus intimes.
Il sert son récit avec l’économie de moyen et une proximité familière qui caractérise une grande partie de son cinéma depuis les années 90. Le film est tourné à l’Iphone, dans sa propre maison et son compagnon y joue un petit rôle aux côtés de deux de ses acteurs fétiches, Pascal Cervo et Julien Lucq. Mais la poésie s’invite rapidement au détour d’un plan, de bord de mer, ou d’une superposition d’image annonçant d’étranges apparitions.
La douleur, bien réelle, qu’affronte au quotidien le veuf, interprété par Vecchiali lui-même, s’oppose aux sentiments virtuels qui animent les échanges écrits entre le défunt et son amant. Condamné à un silence assourdissant, aucune parole ne sera prononcée par cet homme meurtri, littéralement sans voix devant les événements qu’il subit. Les mots viendront des fantômes qui s’invitent à sa table. Des incarnations fantasmées qui rejouent une nouvelle fois les échanges de cette étrange correspondance.
D’abord l’amant, jeune homme perdu en pleine découverte de son homosexualité, qui prend avec malice tour à tour les traits de Pascal Cervo et Julien Lucq. Après tout, les mots ne portent pas en eux les images d’un visage et l’imagination ouvre à tous les possible.
Ensuite la voix lointaine du défunt qui lui – qui leur – répond tour à tour en cherchant à être tout à la fois un père de substitution et une planche de salut dans cette reconstruction identitaire. Ces échanges écrits, imprimé sur des feuilles blanches, viennent se répandre, au fur à mesure de leur lecture, sur le sol du jardin familial où le veuf passe son après-midi en compagnie de ces revenants. Mais les paroles initialement aimantes se teintent d’amertume, éclairant d’un jour nouveau les raisons de la récente disparition. Ce monde virtuel, plein de promesses de jouissances à ses revers. L’abandon et le désaveu sont à porté de clics. Et les vies peuvent hélas basculer pour si peu. (Benoît ARNULF)

En attendant In&Out Cannes : The Happy Prince

by benoit
En attendant In&Out Cannes : The Happy Prince

Comme c’est désormais la tradition, Les Ouvreurs sont accueillis au Cinéma Les Arcades à l’occasion de soirées offrant le meilleur du cinéma queer en grand écran, pour nous faire patienter entre deux Rencontres In&Out – Cannes. Et pour débuter l’année en beauté, nous avons choisi de se placer sous les auspices du princes des dandys, qui fut l’une des premières figues iconiques de la culture homosexuelle, à qui il a offert une figure de martyr flamboyant. Rendez-vous est pris Lundi 18 février 2019 à 19h30 au Cinéma Les Arcades pour la projection du dernier film de l’acteur-cinéaste Rupert Everett.

THE HAPPY PRINCE
de Rupert Everett
avec Rupert Everett, Colin Firth, Colin Morgan
À la fin du XIXe siècle, l’écrivain de génie Oscar Wilde, intelligent et scandaleux brille au sein de la société londonienne. Son homosexualité est toutefois trop affichée pour son époque et il est envoyé en prison. Ruiné et malade lorsqu’il en sort, il part s’exiler à Paris. Dans sa chambre d’hôtel miteuse, au soir de sa vie, les souvenirs l’envahissent. De Dieppe à Naples, en passant par Paris, Oscar n’est plus qu’un vagabond désargenté, passant son temps à fuir. Il est néanmoins vénéré par une bande étrange de marginaux et de gamins des rues qu’il fascine avec ses récits poétiques. Car son esprit est toujours aussi vif et acéré. Il conservera d’ailleurs son charme et son humour jusqu’à la fin : « Soit c’est le papier peint qui disparaît, soit c’est moi… »

précédé d’une présentation de Benoît Arnulf, Directeur artistique d’In&Out.