Category Archives

4 Articles

PINK SCREENS 2010, BRUXELLES par Laurent Herrou

by benoit

 

D’abord tu n’y crois pas. Tu sors de l’hôtel, tu tournes à droite, tu empruntes la Galerie du Prince, tu en ressors à l’autre bout, tu tournes à droite et tu y es — ce qui veut dire que si tu tournes à gauche en sortant de l’hôtel, et encore à gauche au coin de la rue, tu obtiens le même résultat.
Tu résumes : l’hôtel et le cinéma sont dans le même bloc.
Plus ou moins, on ne revient pas sur les détails.

Tu lèves les yeux parce que tu as l’impression qu’un char de Carnaval s’est encastré dans la façade de l’immeuble, mais c’est bien là. Tu es au Nova. C’est ici que ça a lieu. C’est au centre ville, c’est à deux pas de la Grand Place, tu te dis que c’est sur les circuits touristiques — d’ailleurs, des bus rouges et jaunes sur deux étages croisent ton chemin régulièrement.
Tu entres, les programmes sont à disposition, tu en prends plusieurs, tu vérifies l’heure de la première séance — un film américain sur une adolescente en pleine crise d’identité. Tu feuillètes les pages de la programmation, tu te dis que tu as raté beaucoup de choses mais tu ne peux pas tout faire.

Tu reviens à l’heure dite, un peu avant pour rencontrer les programmateurs et récupérer ton pass. Tu t’es armé de courage, tu te dis qu’il va falloir batailler sûrement, montrer patte blanche. Tu es surpris que ça se passe avec le sourire et que ça prenne une dizaine de minutes tout au plus. On te propose le balcon parce que tu y seras mieux — en effet : non seulement tu seras plus tranquille, mais tu pourras admirer le processus de doublage révolutionnaire qui allège les coûts de distribution des films à l’étranger. Tu t’installes, le film te surprend : il te plaît, tu t’attendais à une bluette, mais non.
Tu en discutes avec Fred A. qui boit une bière au bar, au sous-sol. Tu notes que la vie est plus simple quand la salle de cinéma est couplée avec un bar digne de ce nom où non seulement on passe de la (bonne) musique, mais on sert à dîner. Tu ondules un peu des reins au rythme des basses, parce que tu te sens bien aux Pink Screens et que tout y est facile.

Le séjour ne démentira pas cela.

Tu vois des court-métrages pornographiques féministes, tu découvres un réalisateur allemand que tu ne connaissais pas, tu assistes en avant-première belge (mais tu as eu l’honneur de le voir et de le primer à la Queer Palm de Cannes) au dernier film de Greg Araki. La salle est vivante, elle tape dans les mains quand la réplique fait mouche — la fille bande les yeux de son copain le soir de son anniversaire, elle est rejointe sur le lit par un autre homme dont la bouche s’active sur la poitrine du garçon attaché : le bandeau tombe, les corps s’emmêlent, le public applaudit.
Tu rencontres l’équipe, tu parles cinéma, tu prends des contacts, tu noues des liens, tu échanges des adresses mail et des numéros de téléphone, tu n’en reviens pas, au retour en France, de ce que deux jours aux Pink Screens t’ont apporté en opportunités et en satisfactions.

Tu te dis que tu reviendras pour les 10 ans, l’année prochaine.
Tu racontes, tu voies les sourires qui naissent sur les visages de ta propre équipe et ton enthousiasme est communicatif.
Tu dis que c’est ce que tu veux : un festival qui est une fête.

Vous vous y employez.

Laurent Herrou

H&O, éditeur gay


Plus que les autres années, les Editions H&O accompagneront les Rencontres In & Out 2010. Deux auteurs publiés chez cette incontournable maison d’édition gay seront présents durant la manifestation : Laurent Herrou qui participe aux lectures/récits en l’hommage à Hervé Guibert le vendredi 09/04 &gt à L’Eclat-Villa Arson et Olivier Delorme qui anime la rencontre avec le réalisateur grec Panos H. Koutras le lundi 12/04 > Cinéma Le Mercury. Et bien entendu une sélection des plus récents titres des Editions H&O seront disponibles sur le stand in & out, accompagnant le festival dans tous les lieux qui l’accueille. 
Cette collaboration, que nous appelions de nos voeux et dont nous sommes très heureux, nous permet de revenir sur le parcours d’H&O et en vous invitant à visiter leur site pour y découvrir tous les merveilleux livres qu’il propose. 

 Pourquoi un éditeur gay ?

Parce que, depuis les années 80, le mouvement vers l’égalité des droits, dans le champ social, pour les lesbiennes et les gays s’est accompagné d’une libération de la parole et de la création, mais sans que les éditeurs existants donnent toute sa place à l’expression de cette différence. Aujourd’hui, l’homophobie a cessé d’être un comportement banalisé mais, en France, dans la littérature dite générale, l’homosexualité n’est encore trop souvent abordée que sous un angle anecdotique ou caricatural, à moins qu’elle ne soit toujours traitée comme un  » douloureux problème « .
Depuis 1999, avec le souci constant de la qualité littéraire et en se tenant éloigné aussi bien de la provocation gratuite que du  » politiquement correct « , H&O a su créer un espace de liberté éditoriale afin que puissent s’exprimer les romanciers, sociologues, essayistes qui ont choisi d’explorer d’autres dimensions de l’homosexualité.

Un auteur ou un livre gay ne s’adressent-ils qu’aux gays ?
Proust ou Wilde, Tondelli et Navarre, Gore Vidal ou Sarah Waters ; Corydon, Alexis ou le traité du vain combat, Maurice ou Les Chroniques de San Francisco ne se sont-ils adressés qu’aux gays ? Pourquoi ce qui est vrai d’auteurs devenus classiques et qui ont mis, en leur temps, l’homosexualité au c¦ur de leur ¦uvre, même si la morale dominante les a parfois conduits à travestir ou à dissimuler, ne le serait-il pas aujourd’hui d’écrivains que ne menace plus la censure, que l’évolution de la société a libérés dans leur expression ? Pourquoi ce qui provoque l’engouement dans la littérature étrangère serait-il, dans les lettres françaises, l’expression d’un communautarisme borné ? Pourquoi écrire à partir d’un vécu, d’émotions sensuelles et de sentiments amoureux différents de ceux de la majorité empêcherait-il d’atteindre à l’universel, de passionner, bouleverser, faire réfléchir qui n’a pas la même sexualité que soi ?
H&O n’a pas voulu créer un ghetto littéraire d’ouvrages écrits par des gays à l’usage exclusif des gays. Bien au contraire, les livres que nous publions, écrits par des auteurs homosexuels ou non, peuvent passionner, bouleverser ou faire réfléchir tous les publics parce qu’une personne homosexuelle ne se réduit pas plus à sa sexualité qu’un livre bâti autour d’un personnage homosexuel à cette seule dimension, parce que la société d’aujourd’hui, les tourments de l’histoire et du monde, les sentiments, la complexité humaine y sont également présents, parce que l’exploration de l’altérité est un des ressorts majeurs de la lecture.

Et le sexe dans tout ça ?
H&O édite aussi une collection d’érotiques parce que l’érotisme est une dimension de la littérature depuis que la littérature existe. Mais tous les livres d’H&O n’ont pas un propos érotique. Oui, il est question dans nos livres d’amours entre personnes du même sexe ; oui, la sensualité homosexuelle y est présente, mais ni plus ni moins, ni plus ni moins crûment que la sensualité hétérosexuelle dans la littérature générale. Et de manière plutôt moins scabreuse, provoquante, ou potentiellement choquante pour certains publics, que dans bien des succès de librairie de ces dernières années.
Pourquoi alors la visibilité des uns serait-elle acceptable quand celle des autres serait scandaleuse ? À l’heure où, partout en Europe, se développe la lutte contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, pourquoi la littérature qui prend pour sujet l’homosexualité devrait-elle être reléguée dans un coin sombre ou, pire encore, ignorée ? Avec plus de cent titres à son catalogue, H&O s’est imposé dans le paysage éditorial grâce à des auteurs qui, malgré leur talent, malgré la qualité de leur écriture, malgré la richesse de leur imaginaire ou de leurs recherches, ne trouvaient pas d’espace pour s’exprimer. En six ans d’existence, H&O n’a cessé de captiver de nouveaux lecteurs, et nous savons que nous pouvons en conquérir bien plus encore.

Bonne lecture à tous et à toutes !

Bruxelle Plic Ploc, par Laurent Herrou & Jeanpierre Paringaux

En attendant de découvrir Laurent Herrou lors de la journée hommage consacré à l’écrivain Hervé Guibert, durant les rencontres In & Out 2010, le site publie.net propose depuis quelques semaines sa dernière des publication, à quatre main avec Jeanpierre Paringaux.

Texte de présentation de l’éditeur

Le projet de la collection obéit depuis le début au désir de confronter le travail d’un plasticien avec celui d’un écrivain : jouer l’articulation d’un regard avec la parole ; prendre le parti du frottement contre celui de l’illustration, dispositif de circulations au risque de la porosité, et faire naître des hasards les plus belles correspondances.

Le travail que nous proposent l’écrivain Laurent Herrou et le photographe Jeanpierre Paringaux possède pour lui l’évidence d’une telle correspondance, parce que leur projet y est ici de part en part, et depuis quelques années, échange. Si chacun possède ses singularités, leur articulation joue l’un pour l’autre, en diffusion : les deux artistes travaillent l’un avec l’autre, c’est-à-dire aussi l’un contre la forme de l’autre, miroitement intense de l’image sur son écriture, et de l’écriture en regard de l’image.

Journal tenu lors d’une résidence à Bruxelles — la ville devient la plaque impressionnante où se réfléchit cette articulation : de la ville, on dira peut-être qu’elle finit par devenir le lieu de la rencontre, en point de fuite qu’on n’atteindra jamais. Est-ce que l’image est l’espace projeté dans lequel les textes se recueillent en précipices intimes ? ou leur conscience même, l’intériorité de ces fragments de journal, qui disent au jour le jour les lectures (Sagan) les rêves (ses peurs), les désirs (dans ses douleurs les plus profondes, les plus extrêmes) et les joies qui accompagnent le passage des jours ?

Mais la dialectique intérieur/extérieur est illusoire ici, parce qu’aucune secondarité ne fait fonctionner la machine désirante qu’est Bruxelles Plic Ploc — les deux formes ne cessent de questionner leur rapport : rapport sensible, rapport de force comme en l’autre trouver ses propres questions, rapport de faiblesse aussi, en ce que l’objectivité que ne cesse de renvoyer le monde ne suffit pas, n’est jamais suffisante en regard de la question qu’on lui adresse.

Devons-nous (me) déconstruire ensemble — comme je le fais seul de l’écriture, depuis tellement d’années — pour que j’aie une chance de (re)vivre ?


Solitudes essentielles qui s’affrontent au geste de montrer le monde, de le dire ; solitudes qui trouvent en elles-mêmes la possibilité de se rejoindre.
Arnaud Maïsetti

Et pour vous convaincre de l’usage des supports immatériels et électroniques en littérature, c’est ici.

A l’origine des « Ouvreurs »

© jeanpierre paringaux

Les Ouvreurs souhaitent remercier l’écrivain Laurent Herrou, à l’origine de leur nom, Le « trouveur des Ouvreurs » en somme, à l’issue d’une soirée de réflexion collective, placée sous le signe de la mer. Les perles sont en effet à chercher dans les salles obscures autant que dans les huitres. Merci donc à Laurent pour cette belle inspiration.

Toute l’actualité de laurent herrou et de jeanpierre paringaux, son compagnon photographe: